• Débordement

    Un jour, une image, un texte - #2020/005

    Chaque soir je pourrais réfléchir à l’incomplétude de ma vie dont chaque jour a été une goutte d’eau remplissant peu à peu ce récipient qui m’a été attribué. Le problème, c’est que je ne connais pas le volume du récipient. Si je m’arrête de vivre demain, ma vie aura-t-elle été complète ? Et si je vis six mois de plus, sera-t-elle plus que complète et y aura-t-il débordement ?


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  • Question d'échelle



    Cratères lunaires
        ou empreintes de lichen ?
    Une question d’échelle.


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  • La chambre froide

       Cette nuit, les bruits du dehors sont étouffés par la neige. Elle tombe sans cesse depuis la veille : quatre-vingts centimètres.

    Par la porte ouverte sur la cuisine, on entend le ronflement de la cuisinière à feu continu. Le chien gémit en rêvant.

    Dans la chambre, les respirations se mêlent, un matelas souffle sous un corps qui tourne.
    La fenêtre est blanche : de givre, de neige, de lune. On ne distingue plus la pente du terrain vague séparant la maison de l’école maternelle.

    Au matin, on a froid. Le feu a baissé. Le chien s’est glissé au bout du lit étroit, entre les jambes des deux enfants.

    La mère remet du charbon, remplit la casserole et la pose sur le feu. La vapeur pénètre dans la chambre et l’on commence à croire qu’il fait un peu moins froid.


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  • Doigts de sorcière



    Les doigts de sorcière
        dissimulés dans les branches.
    Qui s’y frotte s’y pique.


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  • Feuilles de chêne



    L’automne a gravé
        ses marques aux feuilles du chêne.
    Encore une année.


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  • Atelier d'écriture - La séductrice est-elle un fantasme ?

    Sirènes, succubes, nymphes… Lilith, Médée, Mélusine…
    La séductrice est-elle un fantasme ? Masculin ou féminin ? Rêve ou cauchemar ?
    Avec – sous réserves – Homère, Robert Desnos, Stephen King...

    Un atelier conçu et animé par Jean-Paul GARAGNON, en écho avec le spectacle Mamiwata, d'Astrid Bayiha, proposé à La Criée du 5 au 7/12/2018.

    TNM La Criée, Studio du port, accès par l’entrée des artistes
    Inscriptions : 06 10 69 15 92 - laplumeetlimage@yahoo.fr - Tarif 12 €
    30 quai de Rive-Neuve, 13007 Marseille


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    24 mai 2018 - 18 h 30 à 20 h 30 - TNM La Criée - 12 €

    1968-2018 : j’écris les baux jours !
    Un atelier proposé par Jean-Paul Garagnon

    Les années 1965-1975 sont parfois chargées d’images de libérations, de la parole, des mœurs, des femmes, des jeunes… Mais les beaux jours des uns sont-ils les beaux jours des autres ? De quoi imaginer de beaux face-à-face... Nous utiliserons également les détournements, chers aux situationnistes des années 1968.

    Renseignements, inscriptions : 06 10 69 15 92

     


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    Écrire au long cours 

    Des ateliers tout au long de l’année pour accompagner vos projets d’écriture : recueil de nouvelles, récit de vie ou de voyage, récit familial, roman...

    Cet atelier est ouvert à tout écrivant souhaitant aller plus loin dans son écriture.

    Nous travaillons à l’envers par rapport à l’écriture d’une nouvelle : que raconte ce texte, quel sens a-t-il ? Puis, les personnages, leur crédibilité, leur « épaisseur », les différents débuts possibles, les fins. Chaque participant présente le texte soumis au groupe.

    Au fil des séances, nous voyons :

    • Comment analyser un texte et dire ce qu’on en pense ;
    • Comment utiliser les outils logiciels et ouvrages de référence ;
    • Comment les auteurs écrivent et réécrivent-ils ?

    À la fin de chaque atelier, chacun repart avec des pistes de réécriture et de prolongements et une consigne pour aborder son texte de différentes manières. Ensuite, l’animateur envoie un commentaire écrit sur chaque texte, les participants écrivent et s’échangent leurs textes par mail. La richesse des retours collectifs permet de progresser plus facilement et plus rapidement.

     

    Les ateliers en groupes restreints (5 personnes maximum) se dérouleront un jeudi par mois de 18 h 30 à 21 h 00.

    Tarif : 20 € la séance.

    Inscriptions : jp@garagnon.com / Tél. : 06 10 69 15 92

     

     


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  • Les best-sellers 2.0 s’écrivent sur les réseaux sociaux

    Clara Delente Publié le 28/09/2017 sur Telerama.

    Loin des circuits traditionnels de l’édition littéraire, c’est sur Twitter ou Instagram que certains auteurs exercent leur plume. Délivrant leur
    récit fragment par fragment, ils expérimentent de nouvelles formes d’écriture et tiennent en haleine des dizaines de milliers d’internautes.

     Il n’y a pas que les colporteurs de fake news qui
    aiment raconter des histoires sur les réseaux sociaux.
    Depuis quelque temps, des internautes pleins
    d’imagination s’en donnent également à cœur joie
    pour faire éclore des récits sur Twitter, ou aligner des
    vignettes de bandes dessinées ou des instantanés de romans-photos sur Instagram.

    Poésie, roman et autofiction

    Soyons clairs : le phénomène n’est pas complètement nouveau. L’auteur américano- nigérian Teju Cole, par exemple, faisait déjà de la « twitterature », dès 2014, faisant poster à ses amis une nouvelle intitulée Hafiz, et qualifiant son geste de « narration distribuée ». Citons aussi les twittos-poètes adeptes du haïku en moins de cent quarante caractères, tels le Québécois Pierre-Paul Pleau ou l’Américain Eric Jarosinski alias Nein.

    Côté Instagram, d’autres tentatives ont également déjà eu lieu : depuis 2015, Caroline Calloway, une étudiante en histoire de l’art de Cambridge a ainsi fidélisé plus de 800 000 internautes en distillant ses mémoires au compte-goutte, sur la plateforme. Une réécriture parfaitement orchestrée de sa propre vie, dont elle livre des moments choisis presque un an après qu’ils ont eu lieu. Comme dans le roman Hey Harry, hey

    Matilda, de l’auteure et photographe Rachel Hulin, il est ici difficile de démêler le vrai du faux.

    Minces frontières du réel et de l’imaginaire

    Cette imbrication entre fiction et réalité s’est d’ailleurs intensifiée ces derniers mois sur nos fils d’actualités. Notamment avec la multiplication des « twillers » (contraction de thriller et de Twitter). Là aussi, un concept qui existe de longue date (en temps Internet), c’est à dire depuis 2008, lorsque le journaliste du New York Times Matt

    Richtel l’a expérimenté et conceptualisé. Suivi par le Français Thierry Crouzet, avec
    sa
    Quatrième Théorie, publiée en 2013 chez Fayard. Mais alors que ce dernier expliquait, à l’époque, réunir moins de cinq cents lecteurs, de nombreuses œuvres récentes ont acquis une véritable portée virale.

    Cet été, le dessinateur espagnol Manuel Bartal a, par exemple, réuni des centaines de milliers de lecteurs en égrenant sept jours durant des centaines de tweets détaillant ses rencontres étranges dans un hôtel. L’illustrateur américain Adam Ellis a agité (et agite encore) la twittosphère avec l’histoire de son appartement hanté par le fantôme d’un enfant. Tous deux entretiennent l’ambiguïté en tweetant avec leur compte personnel. L’un a fini par avouer que son récit était fictif, le second continue d’entretenir le mystère.

    « Même si tu dis aux gens que ce que tu racontes est faux, ils adorent y croire pour se faire peur », s’amuse François Descraques qui a ouvert le 4 septembre 2017 un compte intitulé 3ème droite, ouvertement fictionnel et passionnant à suivre. Il y raconte des aventures effrayantes dans son nouvel appartement et donne rendez-vous à ses 48 000 lecteurs-abonnés une fois par semaine. Une quarantaine de tweets imbriqués (en langage Twitter, un thread) font office d’épisode.

    Critique immédiate

    Créateur touche-à-tout (à son actif, une web-série à succès – Le Visiteur du futur – une série télévisée, une bande dessinée ou encore un long métrage), François Descraques s’enthousiasme d’accéder grâce au réseau social à « un tout autre public, jeune et très jeune » qu’il n’aurait « jamais pu attraper autrement ». La réactivité des lecteurs est sans filtre au point d’être parfois agressive – « Je reçois des “ouech, balance la suite ou je me tue” » –, mais c’est justement ce contact si direct avec le public qu’apprécie le scénariste 2.0. « Même si j’ai de l’avance et que je sais où va l’histoire, j’aime lire les commentaires et faire évoluer le projet en fonction des réactions des gens », détaille-t-il.

    Cette expérience de réception singulière a été goûtée par les créateurs de la trépidante BD Eté, diffusée en juillet et août 2017 sur Instagram. En collaboration avec Arte et Bigger than fiction, l’équipe de scénaristes et d’illustrateurs a distillé pendant soixante jours les vignettes, réunissant à la fin 60 000 abonnés. Et même si le récit était parfaitement structuré à l’avance (sous forme de palindrome) et impossible à changer, « la pluralité des réflexions autour de la BD, qu’on n’avait pas du tout prévues, nous a interrogés et appris l’humilité », estime Camille Duvelleroy, l’une des trois scénaristes avec Thomas Cadène et Joseph Safieddined.

    Lectures hybrides

    L’idée de départ était d’aller chercher le public des 25-30 ans là où il se trouvait, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux. Mais le succès a dépassé l’attente des créateurs, avec plus de 3,8 millions de vues. Pour Camille Duvelleroy, spécialiste de la narration interactive, il était important d’« aller plus loin que ce qu’Instagram avait imaginé », tout en se servant des outils à disposition. Chaque post était donc géolocalisé dans un endroit réel, légendé à grand renfort de hashtags et assorti d’un mini-générique. Une façon habile de se servir des codes d’Instagram pour enrichir le récit et… intéresser le public. « C’est important de proposer des choses stimulantes, qui surprennent les gens dans leur quotidien et créent des dissonances », estime Camille

    Les internautes semblent apprécier. Ces formes hybrides et nouvelles de lecture ont le pouvoir de réunir « aussi bien des amateurs de nouvelles fantastiques du XIXe siècle » que des récalcitrants de la lecture, selon François Descraques. Fragmentée en tweets, la lecture s’en trouve facilitée. Les portes d’entrée deviennent multiples. « Même si on préfère presque tous lire sur le papier, c’est un fait, fatalement, on se retrouve à lire sur les réseaux sociaux, sur notre smartphone. Mon feed Twitter ressemble au journal d’il y a quelques années. Or, autrefois, les romanciers comme Conan Doyle écrivaient dans les journaux. Il n’est donc pas illogique de se dire que les feuilletons seront maintenant publiés sur Twitter », poursuit-il. Et ce pas de côté au cœur des réseaux sociaux semble être reçu comme une pause délectable par les lecteurs.

    Duvelleroy.

     


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  •  Se lever tôt, avant tout le monde, profiter du frais, du calme, du silence. Un fond de café réchauffé dans une casserole, versé dans un bol. S’asseoir dans un coin à l’écart, sous l’amandier, rouler la première cigarette, bien refermer le paquet de gris. Ne pas penser, ne pas regarder. Boire lentement pour que ça dure plus longtemps. Se lever, ranger le bol sur le rebord de la fenêtre. Prendre le râteau. Le bruit des dents dans le gravier, crissement régulier comme les lignes tracées peu à peu. Le plaisir de réveiller tout le monde avec ces bruits légers. Presque pas de feuilles ou de ramilles, il n’y a pas eu de vent hier. Deux poignées, tout juste, qui vont à la poubelle. Dérouler le tuyau, ouvrir l’eau petit petit, faire le tour des plates-bandes en regardant se former des rigoles, des mares, des petits ruisseaux charriant une brindille, une aiguille de pin, un pétale. Aller pisser en bas, au jeu de boules, contre la haie de lauriers-tin. En haut, ça commence à bouger. Ma vieille est levée en chemise de nuit aussi fripée que sa figure. Un mot. S’asseoir à la table sous la vigne vierge. Le déjeuner est sorti, un toc de pain, un de fromage, une cébette, le couteau tiré de la poche, manger, boire un verre de rosé, s’en rouler une. Personne ne me parle, ils me croient sourd. Artilleur de 14 à 18, après trois ans de service militaire — pas de chance pour la classe 11. Mais les petites boules de terre que je mettais dans mes oreilles m’ont bien protégé. La raison transformée en excuse, ça a été ma bonne idée : sourd comme un pot depuis cinquante ans, pas obligé de répondre et parfois un petit secret lâché sans crainte devant le vieil oncle sourdingue. Jamais bien intéressant, de toute façon. Maintenant, tout le monde est debout. S’esquiver pour éviter tout ce mouvement. Un tour dans la colline, ramasser du bois, ramener un fagot pour la braise de midi. Revenir à temps pour l’apéritif. Le beau-fils me sert le pastis, pas besoin de rien demander. Il est brave. Et il fait la bonne pizza. Encore un, l’apéritif traîne, c’est pas moi qui vais m’en plaindre, je m’en roule une, ça amuse les minots. À table, toujours la même place, le fauteuil au bout. La place de l’ancien. Je suis tranquille. Quand je me lève, personne ne me remarque, je vais m’allonger sur le lit dans l’ancienne citerne, c’est l’endroit le plus frais du cabanon. Je laisse avancer les heures chaudes sans moi. Jusqu’au moment de la partie de boules. Pas besoin de me dire que je fais le pointeur, c’est automatique et ça me va bien parce que j’aime pas les gestes brutaux. Mes boules, je les fais rouler depuis mes pieds, elles sont légères, elles passent sur les grattons sans dévier. Le terrain est cabossé, mais je le connais par cœur, la boule arrive souvent où je voulais. Bien pointé, l’oncle ! Le soir, après souper, partie de rami autour de la lampe à pétrole. On n’y voit pas grand-chose, les minots en profitent pour tricher tant qu’ils peuvent. Sous ma casquette, je rigole, mais ça peut pas se voir, j’ai appris à rigoler en dedans. C’est un peu comme si j’existais pas. D’ailleurs, bientôt, j’existerai plus du tout. Je sais même pas si quelqu’un s’en apercevra.

     

     

     


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