• Clichés marseillais #32

    Clichés marseillais #32

    Noailles - Il y a pizza et pizza !

    Clichés marseillais #32– Oh Ber ! tu as pas soif ?
    Gigi, l’air implorant… Bernard, sourire en coin…
    – Dis-moi, Gigi, tu fais plus ton mariolle pour courir devant les poulets que pour promener en ville, on dirait !
    – Et vas-y, ah ! Tu m’as fait faire au moins cinquante kilomètres depuis ce matin, j’ai les pieds, c’est plus que deux moignons ; si on s’arrête pas un peu, bientôt je marche sur les genoux ! Et cet appareil photo, il me scie le cou !
    – C’est bon, calme-toi, gari ! On y va…

    Depuis quatre heures, Gigi et Bernard arpentent le ventre de Marseille qui en est aussi le cœur. Noailles. Plus de cinquante nationalités, des plus anciennes comme les Grecs, Italiens et Arméniens, jusqu’aux plus récentes, Algériens, juifs, pieds-noirs et un début de présence africaine. Tous se mêlant à la population marseillaise d’origine.
    Bernard est de ceux-là, mais ses parents habitaient « l’autre rive », c’est-à-dire les vieux quartiers entre Vieux-Port et Panier, ceux qui ont été dynamités par les Allemands en janvier 1943. Bernard n’avait pas encore un an quand la police française le rafla avec ses parents et quand leur logement fut jeté à terre, comme des milliers d’autres. Dans leur malheur, ils eurent « la chance » de ne pas être déportés, contrairement à tant d’autres. On emmena les habitants des quartiers détruits dans des villages de la région. La famille de Bernard échoua à Gémenos où elle s’installa.
    Bernard n’a pas encore raconté cet épisode à Gigi. Pour l’instant, il préfère lui montrer la ville et sa population « si bigarrée », comme disent les journalistes parisiens quand ils s’aventurent sur la Canebière ! Gigi s’enthousiasme pour Noailles. Il a des yeux partout, il se laisse entraîner par son nez au-dessus des étalages encombrés d’épices, de fruits secs, de pâtisseries brillantes de miel, il mélange les bouts de phrases de toutes les langues. Il en oublie de faire des photos. C’est Bernard qui le présente aux commerçants et obtient volontiers leur accord pour quelques images. On étale pour eux des cotonnades, on sort des vitrines réfrigérées charcuteries arméniennes, œufs de cabillaud et une infinie variété de houmous. Et des sourires, tu en veux, en voilà ! Dans le sac de Gigi, le Nikkormat a fait place aux pistaches, graines de courge, feta, sachets de curcuma, de thé vert et loukoums.

    – Bon alors, quess’on boit ? s’impatiente Gigi.
    – D’abord, on va pas boire le ventre vide.
    – Bonne idée, on se prendrait pas une portion de pizza chez Sauveur ?
    – Et qué Sauveur ? Tu veux faire le gastronome ? Sauveur, c’est de la pâte fine, c’est bon, mais quand tu as faim, c’est pas ça qu’il faut. Suis-moi.
    Ils redescendent la rue d’Aubagne jusqu’au croisement avec la rue Longue. Tout de suite à gauche, une étroite boutique, planche en travers pour tout comptoir, propose des pizzas à la pâte à pain, la vraie pizza de boulanger, au moins deux centimètres d’épaisseur ! Et par-dessus, bien de la pommade de tomates, de l’ail, des herbes et de beaux filets d’anchois dessalés.
    – Et pas des filets à l’huile, fada, t’y as compris ? Dans ces moments-là, Ber force un peu l’accent, ça fait partie du plaisir…
    – Le pizzaiolo fait réchauffer deux énormes portions, les emballe dans un gros papier brun avant d’y verser une longue rasade d’huile pimentée.
    Les yeux de Gigi lui sortent de la tête.
    – Putain, Ber, y a des chichis !
    – Et sûrement qu’y a des chichis, mais on reviendra, il faut les manger chauds. On va s’installer en face.
    En face, c’est le Grand bar Vacon qui annonce « Vins fins et bières étrangères ». Derrière le comptoir, un panneau affiche les prix des consommations. Vins rouge, rosé, blanc (12 cl) 1,20 Fr., Muscadet, (12 cl) 1,80 Fr., Côtes-du Rhône rouge, (12 cl) 1,80 Fr., Vin de Provence rosé, (12 cl) 1,80 Fr.
    Gigi et Ber se brûlent les doigts avec la pizza et descendent deux verres de rosé chacun.
    – Alors, chichi, maintenant ? propose Ber.
    – Pas pour moi, je suis gonfle, tu as vu la taille de cette pizza ?
    – Tu comprends pourquoi je t’ai fait attendre ? Bon, dis-moi, tu me la racontes, cette histoire avec le syndicat ?

    (à suivre)

    À suivre chaque jour sur https://www.facebook.com/jeanpaul.garagnon

    L'intégrale est à retrouver sur ce blog http://brigou.eklablog.com/cliches-marseillais-c31530712

    « Clichés marseillais #31Clichés marseillais #33 »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :