• Clichés marseillais #31

    Clichés marseillais #31

    Trotskistes, staliniens, qu'es aquò ?

    Clichés marseillais #31Lundi, 19h00
    – Y a un problème… dit Roger avant de prendre une gorgée de Janot.

    Il a débarqué à l’improviste pour apporter les dernières nouvelles à Gigi. Claudine n’a pas eu l’air plus contrariée que ça, peut-être même au contraire… Elle l’a dévisagé des pieds à la tête, et l’allure un peu rustique, le menton bleu, ne semblent pas lui déplaire. Elle écoute d’abord avec attention la fin du récit de son frère.
    – Si j’ai bien compris, ce Lopez est venu exprès à l’usine pour me remonter les bretelles.
    – Celui-là, c’est un des plus durs contre nous.
    – C’est qui, nous ? demande Claudine.
    Cette fois, Roger est bien obligé d'entrer dans les détails. Il en ressort que depuis 1968, à l’usine, un certain nombre d’ouvriers – un certain nombre, ça fait pas très détails, mais mieux vaut ne pas insister là-dessus pour le moment, pense Gigi, et d’un regard il le fait comprendre à Claudine qui était prête à repartir dans les questions – un certain nombre donc – admettons – estiment que les syndicats n’ont pas joué leur rôle, qu’ils ont été trop mous, n’ont pas poussé à généraliser le mouvement et ils ont laissé passer une occasion de bousculer vraiment le système. Et ils n’ont pas apprécié non plus leur attitude vis-à-vis des étudiants venus les soutenir. Ces gars ont ensuite rencontré des militants à l’extérieur et ils ont commencé à discuter, à lire, à réfléchir. Aujourd’hui on a trois groupes en présence, d’un côté les maos et les trotskystes, de l’autre les staliniens.
    – Maos, troskistes, staliniens, qu'es aquò ?
    – Claudine, si tu l’interromps de longue, on en a pour la vie des rats !
    – Disons que les maos et les trotskystes sont des communistes d’extrême gauche qui ne se reconnaissent pas dans le PC. Et les staliniens c’est les communistes officiels et ils traitent les autres de gauchistes et d’aventuristes.
    – Ah, voilà ! Je comprends mieux, je suis pas que conne !
    Et Roger explique qu’en ce moment, les relations se sont tendues parce que le PC et les syndicats voient d’un mauvais œil le développement de l’extrême gauche, que ce soit dans les facs ou dans les usines. Même si, d’après lui, ils grossissent les choses pour convaincre leurs adhérents.
    – En tout cas, sur Marseille, notre usine est une de celles où ils sentent une vraie menace. Une réunion s’est tenue ce matin à l’Union départementale et la manif de  vendredi est très mal passée. Ils ont compris que nous avions été à la manœuvre sur ce coup-là et ils sont très emmerdés. S’ils te soutiennent, ils cautionnent une forme d’action plus dure et s’ils te lâchent c’est eux qui risquent d’être lâchés par les collègues, et peut-être plus largement.
    – Du coup, ça expliquerait pourquoi cet après-midi Lopez m’a demandé de faire profil bas, de reconnaître publiquement que j’avais merdé et pan sur les doigts, tu le refais plus, vilain garçon !
    – Tu as tout compris ! Comme ça, ils n’ont plus à choisir entre soutenir et condamner ! Et c’est toi-même qui feras le sale boulot. Entre eux, ils parlent d’autocritique.
    – Putain, mais c’est vraiment tordu, comme truc !
    – Eh oui, Claudine, mais t’inquiète, on a sans doute trouvé comment se sortir de ce piège…

    (à suivre)

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