• Le cabanon - Laurence Ribe

    Vêtu de son bleu de travail, sa salopette de mécanicien qu'il refusait de laver, couché sur le dos, sa boite d'outils posée à portée de sa main droite, l'aîné s'obstinait à redonner vie au moteur de cette vieille Honda qu'il avait sortit de l'appentis et qui avait appartenu au grand père ;
    La plus jeune des sœurs, assises dans un fauteuil tressé, face à la table en fer rouillée, posée sous le noisetier, chaussée de ses lunettes cerclés de noir qui lui donnait un air sévère déballait un deuxième carton de photos légèrement gondolées d'être restée de si nombreuses années au sous-sol.
    Le benjamin, grand et charpenté comme un bûcheron, poussait une brouette rongée de rouille, grinçante à chaque tour de roue sous le poids des pierres qu'il déplaçait de la maison en ruine du champs voisin jusqu'aux murets écroulés, restanques soutenant le jardin potager.
    Dans l'allée centrale, le cousin d'âge mur, venu du village voisin, se tenait, droit et perplexe, un mégot de cigarette calé au coin de la bouche et sa casquette au travers du front, à l'intérieur de la tranchée qu'il avait creusé le matin même.
    La cadette des filles, chaussée de bottes de caoutchouc jaune, souvenir de sa dernière histoire d'amour avec un pécheur breton, un sécateur flambant neuf à la main, sculptait les plantes du jardinet planté au pied de la façade, de chaque côté de la lourde porte en bois, couleur olive.
    A l'intérieur de la maison résonnaient les voix des trois vieilles tantes célibataires que rien, ni personne n'avait jamais pu séparer. Avec leurs fichus sombres noués sur la tête et leurs tabliers gris, elles comptaient, en se disputant, les couverts étalés sur la grande table en bois de la cuisine, d'où émanait de subtiles effluves de savon de Marseille et de lavande.
    Il se dégageait de cette maison une atmosphère studieuse, chacun concentrés et appliqués dans la tâche à accomplir.
    Seuls les oiseaux, rouges gorge et mésanges, pies et tourterelles chantaient à tue tête, préfigurant la joie l'ambiance de fête que connaîtrait cette maison dans les prochains jours.
    Allongée sur sa chaise longue, au soleil, elle que tout le monde considérait comme l'intellectuel de la famille depuis qu'elle avait réussi son concours d'institutrice désespérait de ne pas trouver la conclusion de l'hommage qu'elle était chargée d'écrire et de lire pour les 50 ans de mariage des parents de ce dimanche.
    Cette phrase de Jacques Brel, qu'elle venait de découvrir sur une scène parisienne l'obsédait : « quand on a que l'amour, à s'offrir en partage ». Et elle se demandait si vraiment, n'avoir que de l'amour, suffisait pour vivre ensemble un quart de siècle ?

    Laurence Ribe

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