• Clichés marseillais #57

    Clichés marseillais #57

    Il y a des cons partout…

    Clichés marseillais #57Depuis que Stella a rejoint l’organisation, Gigi consacre encore plus de temps à son activité militante. Mme Bazzali, la mère de Stella, apprécie Gigi et sans être au courant dans les détails de l’activité de sa fille, elle se montre bien arrangeante pour lui laisser du temps libre. Elle a une apprentie et le salon n’a pas besoin de trois personnes en permanence.
    – On sait ce que c’est que d’être jeunes !
    Si elle savait que sa fille participait à des opérations olé-olé, elle serait peut-être moins d’accord, mais dans les familles on n’est pas obligé de tout partager ! Elle se dit que c’est un moment – qu’elle ne voit d’ailleurs pas complètement comme un mauvais moment – un moment à passer.
    – Il faut bien jeter sa gourme ! Moi, quand j’étais jeune…

    Stella a intégré l’orga – autant dire les choses comme elles sont dites – en même temps que Josiane, à peu près le même âge, dix-sept ou dix-huit ans, qui travaille comme ouvrière dans un laboratoire pharmaceutique situé rue Benedit. Ce qui a été bizarre pour Gigi, c’est que cette intégration ne s’est pas passée aussi facilement qu’il pouvait le penser. Un ou deux responsables de l’organisation, membres de « la dévé » ont commencé à poser un tas de questions qu’ils n’avaient jamais eu l’idée de poser quand il s’agissait d’intégrer des étudiants ou des profs. Une coiffeuse et une ouvrière, c’est super, mais…
    Oh putain, il a dit « mais » ! Quand tu entends « mais », tu peux être sûr qu’il y a un loup !
    – Je suis pas raciste, mais…
    – Tu n’as pas tort, mais…
    – Je ne suis pas sectaire, mais…
    Alors, le pseudo-intello qui se prend pour la réincarnation de Trotsky en catogan, qu’est-ce qu’il a à dire ?
    – C’est super, mais ont-elles ont le niveau pour rejoindre nos rangs ? Ne faudrait-il pas d’abord nous assurer de leurs fréquentations, de leurs lectures, avant qu’elles ne participent à nos débats, qu’elles ne pèsent sur nos orientations ? On sait le poids de l’idéologie dominante sur les classes défavorisées et ce n’est pas les sous-estimer que de considérer justement l’emprise de la bourgeoisie sur des jeunes travailleuses n’ayant malheureusement pas pu bénéficier d’une éducation leur assurant les capacités pour regarder d’un oeil critique la réalité qui leur est présentée par les mass médias.
    Roger rapporte ça à Gigi, écoeuré de l’attitude de ce soi-disant camarade qui se gargarise de son sacro-saint savoir, que les adhérents de son syndicat considèrent comme un lamentable donneur de leçons et qui est principalement préoccupé par son image et l’influence qu’il pense avoir parmi ses camarades. Lesquels, dit Roger, savent à quoi s’en tenir et ne le calculent plus, le laissent dire tout en se foutant largement de sa gueule. L’intégration de Stella et de  Josiane est donc approuvée à l’unanimité moins une voix.
    – Et puis, ajoute Roger, peur-être qu’il a compris qu’il pourrait pas se les faire, parce que ça aussi c’est une de ses spécialités. C’est malheureux à dire, mais je suis persuadé que ce type a une vraie haine de classe, même s’il jurera les grands dieux que pas du tout ! En plus, c’est le genre à se dire encore plus féministe que les femmes !
    – Et vous faites rien ? C’est normal de garder des gens comme ça dans l’organisation ? demande Gigi.
    – Si ça ne tenait qu’à moi, il y a longtemps qu’on l’aurait renvoyé à ses équations… Il faut croire que même chez nous, il y a des camarades qui se laissent impressionner par les diplômes, par le soi-disant savoir, par les beaux parleurs. Mais on sait à qui on a affaire et crois-moi, il peut toujours parler, c’est comme s’il pissait dans un violon !

    (à suivre)

    À suivre chaque jour sur https://www.facebook.com/jeanpaul.garagnon

    L'intégrale est à retrouver sur ce blog http://brigou.eklablog.com/cliches-marseillais-c31530712

    « Clichés marseillais #58 »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :