• Clichés marseillais #43

    Clichés marseillais #43

    Une histoire de plume d'aigle

    Intégré ! Voilà autre chose… Avec Roger, Gigi hésite parfois à poser des questions. D’un côté, il y a des choses qu’il ne comprend pas et qu’il aimerait comprendre ; d’un autre côté, pas très éloigné, il craint de boquer et de passer pour un ensuqué. Il attend un peu pour voir si ça va s’éclairer, et ça arrive de temps en temps. « Motion », par exemple, il n’avait pas compris, au début. Il avait cru que c’était un peu pareil qu’une potion, style potion magique dans Asterix, mais pas magique, bien sûr, que les camarades de Roger préparaient pour lui. Un truc dégueulasse à boire, genre rite initiatique, comme les petits Indiens – d’Amérique, les autres il connaît moins – qui doivent aller chercher une plume d’aigle pour devenir des hommes. Il n’avait rien dit, il ne voulait pas faire sa chochotte (à l’époque, on pouvait encore dire des trucs comme ça, mais Gigi comprendrait vite qu’il valait mieux arrêter s’il ne voulait pas se mettre à dos les camarades femmes de l’orga. – c’est comme ça qu’on appelait l’organisation –, plus communément appelées « les copines »). Donc, il s’était fait le canard et avait fini par capter que la motion, c’était une déclaration, un truc qu’on écrit puis qu’on envoie à quelqu’un. Et d’autres fois les choses restaient obscures, comme cette histoire d’état ouvrier dégénéré, à propos de quoi il se demanderait longtemps comment ces ouvriers dégénérés avaient pu se retrouver dans un tel état ! Alors Gigi se disait que ça ferait comme quand son grand-père Luigi était arrivé d’Italie : il avait appris le français sur le tas, en écoutant et en se creusant les méninges. Il voulait surtout pas se prendre le teston…
    Pour intégré, comme ils viennent de parler d’adhésions, il se dit que c’estt kif-kif bourrique.
    – Ben non, tu m’avais pas dit que j’étais intégré.
    Dit comme ça, même si c’est autre chose, ça passe !
    – Alors c’est que j’ai oublié. Mais c’était obligé, sinon tu aurais pas pu venir à Bruxelles. On a fait une intégration express !
    – Pour de bon ?
    – Non, ça n’existe pas, disons qu’on a fait Pâques avant les Rameaux ! s’esclaffe Roger. Tu connais l’expression ?
    – Eh sûrement, que je connais. Tu me prends pour un niais ou quoi ? Mais dis-moi, ton intégration, là, ça consiste en quoi ?
    – T’emballe pas ! Pour l’instant, tu es stagiaire, ça veut dire que tu participes à tout mais que tu peux pas voter. Dans six mois, on verra si on te titularise. Et il faudra que ça soit validé par la Direction de ville. Là, tu pourras voter. Mais si ça se fait pas dans les dix-huit mois, tu seras exclu…
    – Sympa !
    – Mais ça n’arrive jamais, t’inquiète ! Enfin, c’est rare… Pour le moment, tu vas venir à la prochaine réunion de cellule. Y aura les copains de l’usine, une copine qui travaille aux pâtes, Nicole et Robert que tu connais déjà et des étudiants parce qu’on sait plus où les mettre !

    (à suivre)

    À suivre chaque jour sur https://www.facebook.com/jeanpaul.garagnon

    L'intégrale est à retrouver sur ce blog http://brigou.eklablog.com/cliches-marseillais-c31530712

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