• Clichés marseillais #35

    Clichés marseillais #35

    Saint-Marcel - Entre-deux

    Clichés marseillais #35Nouvelle semaine, nouvelle journée, même trajet, même bus, même usine. Gigi vit mal cet entre-deux qui dure depuis la semaine précédente : les licenciements annoncés ne sont pas annulés mais les actions syndicales sont suspendues. L’heure est à la négociation disent les responsables, sans que les travailleurs puissent savoir précisément sur quoi portent les discussions. Le nombre de sacrifiés ? Le montant des indemnités ? Les délais ? En attendant, le boulot continue mais l’on sent que les gars ont la tête ailleurs. Et c’est dans ces situations que l’attention baisse et que les accidents arrivent. Lundi après-midi, on a frôlé le drame. Un manutentionnaire qui changeait d’atelier n’a pas vu un Fenwick qui allait en marche arrière, il n’a pas entendu le signal sonore de recul et a failli se faire écraser contre un mur. C’est un autre ouvrier qui a vu le coup arriver et qui a sauté sur le poste de conduite pour faire arrêter l’engin in extremis. Le gars s’en est sorti avec une belle frousse parce qu’il était moins une ! Au point qu’il a fallu avancer le chariot pour pouvoir le dégager. Le cariste n’en menait pas large non plus : blanc comme un linge lavé avec Bonux, mais y avait pas de cadeau, a déclaré un petit blagueur pour détendre l’atmosphère. Tout le monde s’est mis d’accord pour ne pas parler de l’incident de façon à éviter les problèmes.
    Entre-deux également pour Gigi sur ce que le syndicat veut de lui. Il n’a plus entendu parler de l’espèce d’autocritique que l’on attendait de lui, Lopez ne s’est plus pointé, mais le Gros l’ignore délibérément. On dirait qu’il ne sait pas comment se comporter avec lui. Même Roger ne vient plus le voir sur son poste. Il lui glisse deux mots à la pause, lui assurant que « l’organisation » s’occupe de son cas, que ça avance et qu’il le tiendra au courant.
    – Ça avance vers quoi ?
    – Je ne peux rien te dire pour l’instant. Fais-moi confiance.
    De toute façon, il n’a pas trop le choix… Il aimerait pouvoir parler tranquillement avec Roger, savoir ce qu’il prépare, ce que lui-même peut faire ; il n’aime pas rester les bras croisés alors que c’est peut-être sa vie, ou du moins son boulot qui est en jeu. Le mardi soir, il attend Roger au portail. Les ouvriers sortent de l’usine le plus rapidement possible, à pied, à vélo, en cyclo. Certains se dirigent  vers les arrêts de bus. Quand Roger apparaît, Gigi le rejoint et ne le lâche plus.
    – Je veux savoir ce qui se passe. Tu dois m’expliquer. Et puis, j’aimerais qu’on en discute avec Ber, le gars dont je t’ai parlé.
    – L’anar ?
    – Appelle-le de la façon que tu veux, mais moi je le vois d’abord comme un mec qui a de la bouteille, un mec réfléchi en qui j’ai confiance et qui pourrait m’aider. Avec toi, bien sûr.
    Roger hésite puis finalement se dit d’accord.
    – Si tu y tiens, on va aller le voir. Et puis, je pense qu’il doit avoir quelques contacts dans d’autres syndicats, ça peut être utile. Quand est-ce qu’on peut le rencontrer ?
    – J’ai son numéro à son boulot. Je l’appelle demain matin et on y va en sortant du taf. Le mardi soir, il est toujours à la Bourse.
    – Alors c’est dit, on fait comme ça.

    (à suivre)

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